Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – version 2021

monomanie n.f.

monomania

Affection dans laquelle "le délire est borné à un seul objet ou à un petit nombre d'objets avec excitation et prédominance d'une passion gaie et expansive" (E. Esquirol, aux environs de 1810).
Cette forme du "délire partiel" était différenciée notamment de la lypémanie, délire portant également "sur un objet ou un petit nombre d'objets avec prédominance d'une passion triste et dépressive". Dans ce groupe, en fait très composite, l'auteur distinguait : selon le trouble primaire, les monomanies intellectuelle (délirante), affective et instinctive (ces deux dernières plutôt névrotiques et perverses) ; selon la clinique, des formes érotique, raisonnante, d'ivresse, incendiaire et homicide. E.J. Georget (1825) proposa que la monomanie formât la base d'une défense médicolégale de la folie dans les procès criminels. Ce terme fut en fait utilisé couramment par l'ensemble de l'intelligence française. De fortes controverses se développèrent : surtout corporatistes (venant de la magistrature), spiritualistes (opposées à cette doctrine "matérialiste") et cliniques (notamment de J.P. Falret, 1794-1870, véritable découvreur de l'analyse clinique, qui réfutait "cette prétendue unité du délire, limité à une idée ou à une seule série d'idés", tenue par lui comme la méconnaissance d'un délire plus global).
Malgré le progrès ainsi apporté dans la première moitié du XIXe siècle, un déclin intervint, puis un dégagement de grandes entités comme les psychoses délirantes chroniques (Ch. Lasègue : délire de persécution, 1852) et les troubles obsessionnels.

Étym. gr. monos : unique, seul ; mania :folie