Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – version 2018

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saturnisme n.m.

lead poisoning, plumbism

Intoxication aigüe ou chronique par le plomb à l’état de métal ou par l’un de ses sels, se manifestant dans les cas typiques par un syndrome gastro-intestinal avec violentes douleurs abdominales, syndrome auquel sont fréquemment associés une hypertension artérielle, des troubles neurologiques et rénaux ainsi que des altérations hématologiques liées à une atteinte de la moelle osseuse, en particulier une anémie hémolytique.
Un retard mental peut s’installer chez l’enfant intoxiqué ou chez l’adulte pour une forte imprégnation prolongée qui ne se voit plus que très rarement. Les classiques liseré de Burton et taches de Gubler, dûs à l’élimination salivaire du plomb, sont rarement présents, sauf chez des personnes ayant une hygiène déficiente.
Cette maladie s’observe surtout en milieu professionnel (décapage de peintures au plomb, soudage ou découpage de métaux peints, travail sur tuyaux d’orgues etc…) mais peut aussi être liée à la consommation d’eau contaminée par des canalisations en plomb. Sa teneur maximale actuellement tolérée dans l’eau potable est de 10 μg/dL. La peinture contenant du plomb (en particulier céruse à l’hydrocarbonate de plomb très facilement soluble dans le suc gastrique) constitue, surtout chez les enfants, une cause d’intoxication par ingestion (« pica »), fréquente dans les logements anciens car les enfants, voire les nourrissons, sont friands des écailles de peinture en raison de leur goût sucré et acidulé. Dans certaines régions existe également une pollution environnementale de l’air et des sols liée à des activités industrielles.
Le plomb exerce une action thioloprive responsable de l’inhibition de divers enzymes, ce qui entraîne des altérations de la biosynthèse de l’hème et de la globine, comme aussi de la membrane érythrocytaire. À sa toxicité sanguine s’ajoute une forte neurotoxicité, particulière pour le cerveau en développement du jeune enfant et pouvant aller jusqu’à nécessiter un traitement d’urgence par chélation spécifique et plomburie provoquée (EDTA calcique disodique par voie IV, succimer per os).
Une bonne orientation diagnostique est déjà donnée par la présence pourtant inconstante dans le sang d’hématies à ponctuations basophiles. Les marqueurs biologiques sont la plombémie mesurée par spectrométrie d’émission à plasma induit (« torche à plasma ») et les protoporphyrines z sanguines (PPZ) quantifiées par hématofluorimétrie et enfin le dosage de l’acide δ amino lévulinique dans les urines, test précocément positif mais peu utilisé actuellement.

Étym. de Saturne, dieu italique, avec attribution, selon les conceptions alchimistes, de l’élément plomb à une planète

néphropathie saturnine, Burton (liseré de), Gubler (tache de), ponctuations basophiles des hématies