Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – version 2018

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respiration n.f.

respiration

En physiologie, ensemble de fonctions régissant les échanges gazeux, principalement ceux de l'oxygène et du gaz carbonique.
On y distingue trois étages, cellulaire, circulatoire et bronchopulmonaire, correspondant respectivement à la respiration tissulaire, au transport des gaz par la circulation du sang et à la ventilation.
Le mot respiration ne concernait à l'origine que le rejet périodique de l'air hors des poumons, mais on doit actuellement réserver le mot ventilation à cette fonction ventilatoire et dire ventilation artificielle (et non respiration artificielle), mouvements ventilatoires (et non respiratoires), arrêt de la ventilation (et non arrêt de la respiration : la respiration continue en apnée, au moins un certain temps, ex. oxygénation sous apnée). La conception actuelle est résumée dans le schéma ci-dessous (Cara, 1976) où l'air inspiré, est séparé de l'air expiré, (schéma de Riley, 1951). Ce schéma met en évidence l'analogie entre la ventilation et la circulation dans les échanges gazeux et il permet d'interpréter les principaux syndromes respiratoires.
Si la ventilation est insuffisante (trop faible pour les besoins de l'organisme, l’oxygène ne parvient pas en quantité suffisante dans les poumons, d'où hypoxie et en même temps le CO2 s'élimine mal, d'où hypercapnie.
Si la ventilation est trop forte, une plus grande quantité d’oxygène est fixée par le sang (elle est limitée par la saturation oxyhémoglobinée) et trop de CO2 est éliminé, d'où hypocapnie.
De même si la circulation capillaire est insuffisante, un syndrome de choc s'installe : il correspond à une insuffisance respiratoire tissulaire que les fonctions ventilatoires, circulatoires et rénales peuvent tenter de compenser
Les molécules d’oxygène inspirées passent par le côté inspiratoire. L'espace mort correspond à un court-circuit entre inspiration et expiration (normalement 40% de l'air inspiré ressortent des bronches sans aller jusqu'à l'alvéole). Du poumon, le sang oxygéné va vers le sang artériel. La contamination veineuse du sang pulmonaire (5% chez le sujet sain, beaucoup plus dans les «maladies bleues») correspond aussi à un court-circuit. Ensuite le sang artériel oxygéné va dans les capillaires et l’oxygène peut enfin arriver jusqu'aux cellules et dans les mitochondries (m). Mais dans les capillaires il existe un court-circuit des métartérioles (ma), négligeable en conditions normales mais important en cas de vasoconstriction des sphincters précapillaires qui induit dans ce dernier cas un état de choc, «asphyxie» des cellules bien que le sang artériel soit bien oxygéné.
A partir des cellules la circulation des molécules de CO2 se fait en sens inverse, des veines jusqu'au poumon. De là, les molécules de CO2 sortent avec l'air expiré.
 

M. Cara, réanimateur et physiologiste français, membre de l’Académie de médecine (1917-2009)

apnée (oxygénation sous), choc

respiration abdominale paradoxale l.f.

abdominal paradoxical breathing

Dépression de la paroi abdominale au cours de l'inspiration, témoin de l'inefficacité de la contraction du diaphragme.
Elle s'observe mieux sur un patient couché sur le dos en plaçant une main sur l'abdomen et l'autre sur le thorax qu'à la vue. On la constate au cours des bronchopneumopathies obstructives mais aussi lors des traumatismes thoraciques où elle témoigne de l'épuisement du blessé.

respiration contrôlée l.f.

controlled respiration

La ventilation artificielle contrôlée consiste à imposer au patient la fréquence et le volume courant.
La ventilation est entièrement imposée par l'appareil (respirateur ou système anesthésique) et le patient doit rester complètement passif ; par conséquent la ventilation est quantitativelment stable.
On règle l'appareil sur une ventilation un peu supérieure à la demande ventilatoire. Si les poumons sont effectivement ventilés et si la circulation est convenable, les centres respiratoires restent au repos. Sinon, ils réagissent et cherchent, en vain, à obtenir une ventilation plus importante : le patient montre alors des signes de dyspnée (battement des ailes du nez, par ex.) et lutte contre l'appareil, s'il le peut. Ce mode de ventilation convient bien pour la ventilation mécanique de tous les patients dont les centres respiratoires ne maitrisent plus l'équilibre respiratoire : coma profond et sédation poussée, curarisation, paralysie des muscles respiratoires, tétraplégie, etc.

Étym. angl. controlled : du verbe to control : maitriser, dominer

demande ventilatoire, respiratoire (centre), ventilation mécanique

respiration fœtale intra-utérine 1.f.

fetal breathing movements

Mouvements rythmiques du thorax fœtal in utero, sans hématose pulmonaire : leur observation échographique est un signe de vitalité fœtale.

respiration paradoxale l.f.

paradoxical chest wall motion

Mouvement d'une partie du thorax se faisant à l'opposé de ce qui est normal : elle se déprime à l'inspiration et se gonfle à l'expiration.
Ce trouble est généralement dû à un volet thoracique qui, en fonction de son importance, peut être cause d’un état de détresse respiratoire qu’il importe de traiter de toute urgence : désencombrement laryngo-trachéobronchique, oxygénation au masque, intubation, ventilation, drainage des épanchements pleuraux, en même temps qu'est conduite la réanimation cardio-circulatoire.
En respiration paradoxale la distribution de l'air inspiré dans les poumons est perturbée par un effet d'espace mort : l'air alvéolaire de la zone paradoxale se mêle à l'air frais inspiré et l'air d'un poumon passe dans l'autre à chaque mouvement ventilatoire (Pendelluft) ce qui entraîne une hypoxie.
Cette détresse respiratoire est très sensible à la position du sujet, ce qui est surtout net en position verticale.
La respiration paradoxale est bien visible en radioscopie ou en radiocinéma et peut être mis en évidence par un vigoureux reniflement (sniff test).
Elle peut aussi se voir en cas de paralysie d'un hémi-diaphragme.

Étym. gr. paradoxos : contraire à l'opinion commune, étrange (para : à côté ; doxia : opinion, réputation)

Pendelluft, sniff test, volet thoracique.

respiration périodique l.f.

periodic breathing

Régime anormal de la ventilation où des séries de cycles ventilatoires alternent avec des pauses, comme dans la respiration de Cheyne Stokes.

J. Cheyne (1818) et W.Stokes, médecins irlandais (1854)

Cheyne Stokes (respiration de)

respiration thoracique paradoxale l.f.

paradoxical breathing (in flail chest)

respiration paradoxale

apnée (oxygénation sous) l.f.

apneic oxygenation, diffusion respiration

Technique d'oxygénation utilisée en anesthésie générale pour certaines interventions chirurgicales, notamment en ORL, consistant en l'insufflation d'un petit débit d'oxygène dans la trachée du patient maintenu en apnée, ce qui laisse le thorax immobile tout en assurant une oxygénation convenable pendant une vingtaine de minutes.
On peut ainsi maintenir une PaO2 satisfaisante, mais l'élimination du CO2 est insuffisante en l’absence de mouvement ventilatoire, aussi la PaCO2 s'élève progressivement. On préfère la «jet ventilation» à cette technique car elle assure une meilleure épuration du CO2.
L'expression anglaise «respiration par diffusion» est incorrecte car, en apnée, les échanges broncho-alvéolaires se font par l'action des pulsations cardiaques qui brassent activement l'air bronchique et bronchiolaire («petite respiration cardiaque») et non par diffusion (elle n’agit que dans les alvéoles).

Étym. gr. apnoia : absence de vent (à distinguer d'apneustia : arrêt volontaire de la respiration).

petite respiration cardiaque

assistance ventilatoire l.f.

assisted respiration

respiration assistée

Biot (respiration de) l.f.

Biot's respiration

Série de gasps séparés par des apnées.
Au cours des gasps il y a tendance vers une position plus inspiratoire que la position de repos. Ce mode de respiration témoigne d'une excitation du centre apneustique. Les pauses correspondent à l'hypocapnie induite par la polypnée entraînée par une série de gasps et à une diminution de la réponse musculaire. La respiration de Biot est à distinguer de celle de Cheyne-Stokes où les mouvements respiratoires ne sont pas maximaux mais croissent puis décroissent successivement (signe de dépression des centres respiratoires).

C. Biot, médecin français (1876)

Édit. 2017

Cheyne Stokes (respiration de) l.f.

Cheyne Stokes’ breathing

Trouble respiratoire caractérisé par la survenue d'une apnée plus ou moins prolongée à laquelle succède une série de mouvements respiratoires d'amplitude croissante puis une série de mouvements d’amplitude décroissante aboutissant à une nouvelle pause.
Le trouble serait la conséquence de l'effet sur le centre respiratoire des troubles métaboliques de l'urémie terminale. Il est désormais prévenu par la mise en route au moment adéquat des méthodes d'épuration extrarénale. Il s’observe aussi dans l’insuffisance cardiaque, lors de certaines atteintes du tronc cérébral et chez l’obèse.

J. Cheyne (1818) et W. Stokes, médecins irlandais (1854)

[K1,N1]

Cheyne Stokes (respiration de) l.f.

Cheyne Stokes’ breathing

J. Cheyne (1818) et W.Stokes, médecins irlandais (1854)

respiration de Cheyne Stokes

[K1,N1]

glossopharyngée (respiration) l.f.

glosso-pharyngeal breathing, frog breathing

Mode de respiration, utilisé en rééducation respiratoire des malades atteints de paralysies des muscles respiratoires consistant à utiliser les mouvements de la bouche et de la langue pour insuffler successivement de petites quantités d'air dans la trachée vers les poumons.
Dans un premier temps la bouche et le pharynx sont remplis d'air au maximum, le larynx est maintenu fermé. Dans un deuxième temps la fermeture des lèvres et l'élévation du voile du palais retiennent l'air dans l'espace buccopharyngé. Au cours d’un troisième temps le larynx s'ouvre et la contraction du plancher de la bouche, l'élévation du larynx et le retrait en arrière de la langue poussent l'air dans la trachée. Puis le larynx se referme et un nouveau cycle recommence. Une dizaine de cycles similaires permettent d'accumuler un volume d'air suffisant qui peut être utilisé pour parler. La pression peut même être suffisante pour permettre la toux.
Dans le règne animal ce mode de respiration est physiologique chez l'éléphant et chez la grenouille, dont le diaphragme est membraneux, d'où le terme anglais de frog breathing.

Kußmaul (respiration de) l.f.

Respiration pathologique lente, régulière et profonde caractérisée par une inspiration maximale suivie après une petite pause par une expiration rapide elle-même suivie par une petite pause.
Survenant dans les états d’acidose métabolique grave diabétique ou rénale où il y a une diminution marquée du taux de bicarbonates, elle est caractéristique d’une forte excitation des centres respiratoires. Le rythme de Biot précède l’apparition du rythme de Kußmaul ; il ne faut pas confondre ces rythmes avec celui de Cheyne-Stokes.

A. Kußmaul, médecin allemand (1874)

Biot (respiration de Biot), Cheyne-Stokes (respiration de), respiratoires (centres).

petite respiration cardiaque l.f.

small cardiac ventilation

Impulsions produites sur l'air des poumons par le cœur qui envoie du sang dans les poumons à chaque battement.
Les mouvements ventilatoires assurent des volumes courants de l'ordre de 400 mL, qui produisent la ventilation proprement dite. S'y ajoutent les battements cardiaques, de plus faible amplitude, qui transmettent aux poumons une impulsion de l'ordre de 70 mL. Cette impulsion brasse l'air bronchique et homogénéise l'air alvéolaire, elle serait suffisante pour assurer la ventilation alvéolaire s'il n'y avait pas d'espace mort, elle a encore une certaine efficacité lorsqu'on insuffle le mélange respiratoire près de la bifurcation trachéale (technique de la jet ventilation).

G. G. Palmieri, médecin radiologue italien (1892-1961)

Étym. italien piccola respirazione cardiaca (Palmieri 1950)

jet ventilation

souffle tubaire l.m.

bronchial sounds, tubular sound, tubular respiration

Souffle de timbre rude, de tonalité élevée, intense, à prédominance inspiratoire.
Il témoigne d’une condensation du parenchyme pulmonaire.